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Artiste : François Tristan L´hermite
Titre : Sujet de la comédie des fleurs
L´auteur étant prié par des belles dames de leur faire promptement
une pièce de théâtre pour représenter à la campagne, et se voyant
pressé de leur écrire le sujet qu´il avait choisi pour cette comédie,

à laquelle il n´avait point pensé, leur envoya les vers qui suivent.

Puisqu´il vous plaît que je vous die
Le sujet de la comédie
Que je médite pour vos soeurs ;
Les images m´en sont présentes,
Les personnages sont des fleurs
Car vous êtes des fleurs naissantes.

Un lys, reconnu pour un prince,
Arrive dans une province ;
Mais, comme un prince de son sang,
Il est beau sur toute autre chose ;
Et vient, vêtu de satin blanc,
Pour faire l´amour à la rose.

Pour dire qu´elle est sa noblesse

A cette charmante maîtresse
Qui s´habille de vermillon,
Le lys avec des présents d´ambre
Délègue un jeune papillon,
Son gentilhomme de la Chambre,

Ensuite le prince s´avance
Pour lui faire la révérence ;
Ils se troublent à leur aspect
Le sang leur descend et leur monte :
L´un pâlit de trop de respect,
L´autre rougit d´honnête honte.

Mais cette infante de mérite,
Dès cette première visite,
Lui lance des regards trop doux
Le souci qui brûle pour elle,
A même temps en est jaloux,

Ce qui fait naître une querelle.

On arme pour les deux cabales.
On n´entend plus rien que tymbales ;
Que trompettes et que clairons ;
Car, avec tambour et trompette,
Les bourdons et les moucherons
Sonnent la charge et la retraite.

Enfin le lys a la victoire ;
Il revient couronné de gloire,
Attirant sur lui tous les yeux.
La rose, qui s´en pâme d´aise,
Embrasse le victorieux ;
Et le victorieux la baise.

De cette agréable entrevue,
L´absinthe fait, avec la rue,

Un discours de mauvaise odeur
Et la jeune épine-vinette,
Qui prend parti pour la pudeur
Y montre son humeur aigrette.

D´autre côté, madame ortie,
Qui veut être de la partie
Avec son cousin le chardon,
Vient citer une médisance
D´une jeune fleur de melon
A qui l´on voit enfler la panse.

Mais la rose enfin les fait taire,
Par un secret bien salutaire,
Approuvé de tout l´univers.
Et dissipant tout cet ombrage,
La buglose met les couverts
Pour le festin du mariage.

Tout contribue à cette fête.
Sur le soir un ballet s´apprête,
Où l´on ouit des airs plus qu´humains
On y danse, on s´y met à rire.
Le pavot vient, on se retire ;
Bonsoir, je vous baise les mains.