L´auteur étant prié par des belles dames de leur faire promptement une pièce de théâtre pour représenter à la campagne, et se voyant pressé de leur écrire le sujet qu´il avait choisi pour cette comédie,
à laquelle il n´avait point pensé, leur envoya les vers qui suivent.
Puisqu´il vous plaît que je vous die Le sujet de la comédie Que je médite pour vos soeurs ; Les images m´en sont présentes, Les personnages sont des fleurs Car vous êtes des fleurs naissantes.
Un lys, reconnu pour un prince, Arrive dans une province ; Mais, comme un prince de son sang, Il est beau sur toute autre chose ; Et vient, vêtu de satin blanc, Pour faire l´amour à la rose.
Pour dire qu´elle est sa noblesse
A cette charmante maîtresse Qui s´habille de vermillon, Le lys avec des présents d´ambre Délègue un jeune papillon, Son gentilhomme de la Chambre,
Ensuite le prince s´avance Pour lui faire la révérence ; Ils se troublent à leur aspect Le sang leur descend et leur monte : L´un pâlit de trop de respect, L´autre rougit d´honnête honte.
Mais cette infante de mérite, Dès cette première visite, Lui lance des regards trop doux Le souci qui brûle pour elle, A même temps en est jaloux,
Ce qui fait naître une querelle.
On arme pour les deux cabales. On n´entend plus rien que tymbales ; Que trompettes et que clairons ; Car, avec tambour et trompette, Les bourdons et les moucherons Sonnent la charge et la retraite.
Enfin le lys a la victoire ; Il revient couronné de gloire, Attirant sur lui tous les yeux. La rose, qui s´en pâme d´aise, Embrasse le victorieux ; Et le victorieux la baise.
De cette agréable entrevue, L´absinthe fait, avec la rue,
Un discours de mauvaise odeur Et la jeune épine-vinette, Qui prend parti pour la pudeur Y montre son humeur aigrette.
D´autre côté, madame ortie, Qui veut être de la partie Avec son cousin le chardon, Vient citer une médisance D´une jeune fleur de melon A qui l´on voit enfler la panse.
Mais la rose enfin les fait taire, Par un secret bien salutaire, Approuvé de tout l´univers. Et dissipant tout cet ombrage, La buglose met les couverts Pour le festin du mariage.
Tout contribue à cette fête. Sur le soir un ballet s´apprête, Où l´on ouit des airs plus qu´humains On y danse, on s´y met à rire. Le pavot vient, on se retire ; Bonsoir, je vous baise les mains.